Achever Clausewitz

René Girard, Achever Clausewitz

Le dialogue sur le christianisme et l’islam et sur leur vérité respective, que le savant empereur byzantin Manuel II Paléologue mena avec un érudit perse, sans doute en 1391. L’empereur s’adresse au Persan en lui disant :

« Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l’inhumain à ceci qu’il a prescrit de répandre par l’épée la foi qu’il prêchait. »

Le pape Benoît XVI s’oppose « à toute contrainte en matière de foi » et affirme, avec l’empereur byzantin :

« Dieu ne prend pas plaisir au sang, et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu »

Refus du sacrifice et plaidoyer pour une approche rationnelle du religieux.

 

Les point de vue des pays occidentaux constituent tout au plus pour les islamistes un décor sans importance. Ils pensent le monde occidental comme devant être islamisé le plus vite possible.

Il est acquis que le terrorisme est un fait brutal qui détourne à son profit les codes religieux. Il n’aurait néanmoins pas acquis une telle efficacité dans les consciences s’il n’avait actualisé quelque chose de présent depuis toujours dans l’islam. Il est indéniable qu’on retrouve aujourd’hui certaines thèses de Mahomet.

Car il y a dans certains aspects de cette religion un rapport à la violence que nous ne comprenons pas et qui est justement d’autant plus inquiétant.

Le fait de concevoir les juifs et les chrétiens comme des falsificateurs est ce qu’il plus irrémédiable. Ceci permet aux musulmans d’éliminer toute discussion sérieuse, toute approche comparative entre les trois religions.

Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Le Coran gagnerait donc à être étudié comme l’ont été les textes juifs et chrétiens. Une approche comparative révèlerait qu’il n’y a pas là de réelle conscience du meurtre collectif. Il y a en revanche, une conscience chrétienne de ce meurtre.

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Le socialisme

Au sens le plus global, on peut dire que l’idée du socialisme est celle d’un monde qui n’a pas pour principe organisateur l’intérêt privée. Comme on sait par ailleurs que l’intérêt privé n’est pas, comme on le dit, l’intérêt de tout le monde, mais celui d’un petit groupe d’individus, cela revient à dire que l’idée du socialisme est l’idée d’un monde qui n’est pas structuré par le principe de la recherche du profit maximum pour le capital. Ce qui inclut deux choses. L’idée du socialisme, d’un côté, est l’idée d’un monde où les biens communs nécessaires à tout le monde pour la vie sont au maximum la propriété de la communauté et avec un usage en rapport à l’intérêt du plus grand nombre. C’est un monde où l’eau, la terre, les transports, les communications sont le plus possible au service du plus grand nombre. Ce qui veut dire aussi la propriété du plus grand nombre. C’est un premier principe qui nous est perceptible a contrario par ce que nous avons connu depuis vingt ou trente ans, c’est-à-dire par la manière dont tout ce qui était considéré comme la propriété du plus grand nombre a été de plus en plus entièrement privatisé et soumis à une logique du profit.

La deuxième chose qui est cœur de l’idée de socialisme, ce serait l’idée s’association, c’est-à-dire ce qui est commun soit autant que possible géré dans des formes qui sont des formes d’exercice d’un pouvoir de n’importe qui, ou d’un pouvoir du plus grand nombre. Dans l’idée de socialisme, il y a en quelque sorte l’idée de propriété commune de ce qui est nécessaire à tous, et deuxièmement l’idée d’un exercice optimale d’une capacité de n’importe qui sous les formes associatives.

Ce qu’on peut appeler « socialisme », c’est ce double aspect de propriété commune de ce qui concerne le plus grand nombre, et de participation du plus grand nombre à la gestion de cette propriété commune.

Cela dit, il faut bien voir par ailleurs que « socialiste » est aussi le nom générique de ceux qui sous des formes diverses n’ont pas cessé de trahir ce qui était contenu dans l’idée de socialisme. Des gens qui n’ont existé que pour trahir indéfiniment ce que contenait l’idée de socialisme.

Cf. Jacques Rancière, Le méthode de l’égalité

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Légitimité

L’État fort représente à la fois la condition préalable et l’effet escompté du démantèlement autoritaire de la politique sociale. Car ce n’est qu’en se désengageant des programmes de régulation économique et de politique sociale que cet État conservera la force nécessaire pour repousser les prétentions des puissances sociales organisées : partis, syndicats, groupe de pression. Mais, inversement, ce n’est qu’en se faisant un État fort, c’est-à-dire en gardant la mainmise incontestée sur les moyens (techniques) de domination et usant vigoureusement de toutes ses prérogatives que l’État réussira à imposer son retrait hors de la sphère de l’économie. Et c’est dans la perspective de ce raisonnement circulaire, où cause et effet se contaminent, que le slogan « État et économie saine «  prend tout son sens.

En 1981, à la question d’une journaliste chilienne qui lui demandait ce qu’il pensait de la dictature, Hayek répondait : At times it this necessary for a country to have, for a time, some form or other of dictatorial power. As you will understand, it is possible for a dictator to govern in a liberal way. And it is also possible for a democracy to govern with a total lack of liberalism. Personnaly I prefer a liberal dictator to democratic government lacking liberalism.

Tout tient au fait que le principe de la chance égale est lui-même indéterminé, c’est-à-dire que c’est au détenteur du pouvoir légal, et donc du gouvernement du moment d’en fixer hic et nunc le sens concret. C’est à lui de déterminer par lui-même ce qu’il permet à l’adversaire politique en fait de possibilité d’action; il détermine par là par lui-même où commence l’illégalité de son concurrent. En d’autres mots, il est objectivement nécessaire, au regard de la préservation du principe de la chance égale, que chacun anticipe la duplicité de ses adversaires, et leur intention de ne pas respecter le principe lorsqu’ils seront en mesure de la faire.

Si l’on fait de l’assemblée parlementaire une simple fonction des majorités électorales génériques, sans égard à la qualité de ses membres, et si, renonçant à toute exigence « matérielle », les décisions à la majorité deviennent des actes législatifs, toutes les garanties de justice et de raison aboutissent à un fonctionnalisme dépourvu de substance et de contenu, reposant sur une compréhension strictement arithmétique de la majorité. Ainsi 51% des suffrages font la majorité parlementaire; 51 % des voix au parlement font le droit et la légalité; 51 % de la confiance du parlement fait le gouvernement légale.

On présuppose que, en vertu de leur appartenance au même peuple, tous veulent essentiellement la même chose et de la même façon. Si l’on supprime ce présupposé de l’homogénéité nationale, le fonctionnalisme vide et purement arithmétique des votes majoritaires devient le contraire de la neutralité et de l’objectivité. Ce n’est plus que violence plus ou moins ouverte envers les groupes mis en minorité. C’est alors que cesse l’identité démocratique entre gouvernants et gouvernés, entre ceux qui commandes et ceux qui obéissent : la majorité commande et la minorité doit obéir. C’est même la possibilité d’additionner les voix qui cesse, puisqu’en toute logique, on ne peut faire la somme que ce qui est de même nature.

Le fait que le pouvoir de l’État soit légal a pour conséquence de nier tout droit de résistance en tant que tel. La neutralité est avant tout neutralité face à la distinction entre le juste et l’injuste. La possibilité de l’injustice ne s’efface que grâce que grâce à un artifice formel, parce que l’on cesse d’appeler injustice l’injustice et tyran le tyran, de la même façon qu’on fait disparaître la guerre en la nommant une « mesure pacifique accompagnée de frappes de plus ou moins grande envergure » et en désignant cela comme une « définition purement juridique de la guerre ». Par « nécessité conceptuelle », le pouvoir légal ne peut alors tout simplement pas commettre d’injustice. Seul celui qui exerce une force étatique ou apparentée sans avoir de son côté la majorité de 51 % est illégale ou « tyrannique ». Celui qui dispose de la majorité ne commet plus d’injustice mais transforme tout ce qu’il fait en droit et en légalité. Suivant ce genre de logique, le principe d’un concept de légalité fonctionnaliste sans contenu mène à l’absurde.

Si la majorité peut disposer à volonté de la légalité et de l’illégalité, elle peut surtout déclarer illégaux – c’est-a-dire hors la loi – ses rivaux politique, les excluant par là de l’homogénéité démocratique du peuple. Celui qui dispose des 51 % peut rendre illégaux les 49 % restant. Il peut refermer derrière lui, de manière légale, la porte de la légalité par laquelle il est entré et traiter les partis politiques rivaux comme de vulgaires criminels.

Par conséquent, au-delà de toute normativité, la simple possession du pouvoir étatique engendre une plus-value politique additionnelle excédent le pouvoir normatif-légal, une prime supralégale à la possession légal du pouvoir et à l’obtention de la légalité.

Cette prime politique est composée de trois éléments. Elle surgit dans un premier temps de l’interprétation et de l’usage concrets de notions indéterminées et arbitraires, telle que « ordre et sécurité publique », « danger », « état de nécessité », « mesures nécessaires », « hostilité à l’État et à la constitution », « intentions pacifiques », « intérêts vitaux », etc. Deuxièmement, le possesseur légal du pouvoir étatique bénéficie de la présomption de légalité en cas de doute. Enfin, en troisième lieu, ses ordres doivent être exécutés sur-le-champ, même lorsque leur légalité est douteuse, et même lorsqu’existent de voies de recours et des garanties judiciaire.

À cette prime principale s’en ajoutent plusieurs autres. Un parti majoritaire peut ainsi, en vue d’élections avenir, modifier les règles électorales à son propre avantage ou au désavantage de son concurrent.

C’est ainsi qu’une majorité établie plus tôt demeure en possession du pouvoir étatique même lorsque sa majorité d’existe plus, tant et aussi longtemps que l’adversaire n’a pas gagné une majorité dans l’autre sens.

De manière générale, ce serait une bien curieuse espèce de « justice » que de déclarer qu’une majorité serait d’autant meilleure et juste qu’elle est imposante, et de prétendre que 98 personnes qui en maltraitent deux est chose bien moins injuste que 51 personnes qui en maltraitent 49.

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La condition des hommes

Qu’on imagine un nombre d’hommes dans les chaîne, et tous condamnés à mort, dont les uns étaient chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition, dans celles de leurs semblables, et, se regardant avec douleur et sans espérance, attendent leur tour. C’est l’image de la condition des hommes.

Pascal, Pensées, no 199

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Politique économique des bolcheviks

Sous l’influence des plans de militarisation de Trotski, les dirigeants bolcheviks insistaient sur la nécessité de subordonner le système éducatif aux impératifs de l’économie : les industries de la Russie avaient besoin de technicien qualifiés et il appartenait aux écoles de leur en donner. On devait mettre toujours plus l’accent sur une formation strictement professionnel – de nombreux enfants étant mis de force en apprentissage à l’usine dès neuf ou dix ans.

Mais entre le programme communiste de construction de l’homme et le génie humain du troisième Reich, existait une différence capitale. Le programme bolchevik reposait sur les idéaux des Lumières : il procédait de Kant autant que de Marx. À l’opposé, dans leurs efforts pour « améliorer l’humanité », que ce fût par l’eugénisme ou le génocide, les nazis crachaient à la face des Lumières et ne peuvent que nous révulser.

La militarisation de l’industrie lourde : les usines stratégiques seraient placées sous la loi martiale, avec une discipline militaire au niveau de l’atelier et l’absentéisme persistant devenant passible de la peine de mort pour désertion sur le « front industriel ».

Les droits syndicaux leur semblait (les bolcheviks) être une nuisance, une entrave inutile à la discipline et à l’efficacité industrielle. Trotski alla même jusqu’à prôner la subordination complète des syndicats à l’appareil de l’État-parti : puisque c’était un « État des travailleurs », il n’était plus nécessaire que les ouvriers eussent des organisations indépendantes.

C’était l’idée que le travail humain, loin d’être la force créative que Marx avait célébrée, n’était en vérité rien de plus qu’une matière première dont l’État pouvait se servir pour « bâtir le socialisme.

« C’est par centaines que nous allons tuer sans merci nos ennemis. Tuons-les par milliers, noyons-les dans leur sang. Pour le sang de Lénine faisons couler à flots le sang de bourgeois : plus de sang, le plus possible »

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Morale et religion

Mais, en ce qui concerne la religion, c’est-à-dire la morale en relation à Dieu comme législateur, il faudrait, si la connaissance théorique de Dieu devait venir en premier lieu, qu’elle se règle sur la théologie et que non seulement une législation extérieure et arbitraire d’un Être suprême vienne se substituer à une législation intérieure et nécessaire de notre raison, mais qu’en outre dans cette législation tout ce que notre compréhension de la nature de cet Être suprême peut avoir de déficient s’étende à la prescription morale et défigure la religion en la rendant non morale.

Kant, Critique de la faculté de juger, p. 459, GF Flammarion, 1995

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Inégalités économiques

On appelle « médian » le revenu inférieur a ce que gagne la moitié d’un groupe et supérieur à ce que gagne l’autre moitié.

De 1979 à 2007, le revenu après impôt s’est accru de 275 % pour le 1 % supérieur de la répartition des revenus. Du 21e au 80e centile, sont augmentation a été d’un peu moins de 40%. Pour les 20 % inférieurs, elle n’a été que de 18 %.

Près des deux tiers de l’augmentation de la part du centile supérieur dans la répartition des revenus est allée en fait au 0,1 % supérieur, dont les membres ont vu leurs revenus réels augmenter de plus de 400 % de 1979 à 2005.

Les programmes de l’État sont devenus moins progressifs : ils prennent moins en haut et donnent moins en bas.

Depuis trois décennies, les bas salaires (des 90 % inférieurs) n’ont augmenté que de 15 % environ, tandis que les salaires des membres du 1 % supérieurs se sont accrus de près de 150 % et que, dans le 0.1 % supérieur, leur augmentation dépasse 300 %. Plus précisément, sur la période 1979-2006, le 1 % supérieur a vu ses salaires augmenter de 144 %; le 0,1 % supérieur, de 324 %. Même le 1 % supérieur touche en salaires plus de vingt fois ce que reçoivent les 90 % inférieurs.

Ceux qui font l’apologie de l’inégalité soutiennent qu’en donnant plus d’argent en haut on rend service à tout le monde, notamment parce que cela va stimuler la croissance. On appelle cette thèse l’économie du ruissellement.

Ceux qui croient à l’économie du ruissellement appellent ce type de raisonnement la « politique de l’envie ». Ne regardons pas la taille des tranches les unes par rapport aux autres, s’écrient-ils, mais leur taille absolue. Donner plus aux riches fait grossir le gâteau. Donc, en bas et au milieu, la part est peut-être plus petite, mais la tranche est plus grosse. En réalité, c’est l’inverse : dans la période où l’inégalité a augmenté, la croissance a ralenti – la taille de la tranche qu’ont reçue la plupart des Américains a diminué.

2 millions des 14,4 millions de sans-emploi en juin 2011 étaient au chômage depuis plus de 99 semaines. On les appelle les « quatre-vingt-dix-neuviens.

Certains politiques, et quelques économistes, craignent que l’indemnisation du chômage ne dissuade de chercher un emploi. Mais une recherche d’emploi plus intensive ne fait qu’allonger les files d’attente, elle ne crée pas d’emplois.

Pour les 45-54 ans, la durée moyenne du chômage en janvier 2012 est de 43 semaines. Pour les 55-64 ans, elle dépasse déjà un an : elle est proches de 57 semaine.

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La richesse

  1. Un bon texte mais à mon sens très discutable.

    Vous dites : Comme si l’argent était d’abord un bien collectif qui était ensuite l’objet d’une appropriation privée inégalitaire toujours suspecte.

    L’argent n’est pas un bien, à moins de parler du métal. La monnaie ne s’obtient que par la vente du produit. Or ce produit est l’œuvre d’un travail collectif. Les petits artisans, ce n’est pas le monde économique que l’on connaît. La plus-value est répartie en profit et en salaire. Or, nous savons que la part des salaires dans le PIB diminue constamment.

    Vous dites : Contrairement à ce que certains croient, la «richesse» n’est jamais créée une fois pour toutes. Il ne s’agit pas d’une tarte pleine dont il faudrait simplement distribuer plus équitablement les parts. La prospérité d’une société est quelque chose de dynamique. Elle est le fruit d’un «mouvement perpétuel»… la «social-démocratie» ne crée pas elle-même les richesses qu’elle veut partager.

    Là M. Bock-Côté, sauf votre respect, vous êtes dans le champ. Le terme création de richesse est un non sens. La création désigne l’action de faire exister (ce qui n’existait pas). Or, l’humain ne peut faire cela. Ok, les alchimistes croyaient qu’il était possible de transformer le plomb en or et les chrétiens croient que Jésus a transformé l’eau en vin. Mais tout cela c’est des contes pour les enfants en bas âge.

    Exemple : les pétrolières ne créent pas de richesse, ils sont incapables de créer du pétrole. Tout ce qu’ils peuvent faire c’est d’engager des travailleurs et des techniciens pour extraire le pétrole. Et ce pétrole ne peut se transformer en or qui suite à la vente de ce produit sur le marché. Et cet or, il n’a pas été créé mais extrait d’une mine. Vous pouvez trouver facilement d’autres exemples.

    Autre erreur. La richesse n’est pas un flux mais un stock. Illustration. Le pauvre, c’est-à-dire le travailleur à bas salaire ne peut devenir riche parce qu’il ne peut accumuler de…

  2. Autre erreur. La richesse n’est pas un flux mais un stock. Illustration. Le pauvre, c’est-à-dire le travailleur à bas salaire ne peut devenir riche parce qu’il ne peut accumuler. Tout son revenu est consommé à mesure.

    Ceux qu’on dit riche on un revenu qui dépasse leurs besoins, le surplus est accumulé (coffre des banques, paradis fiscaux, etc.). Il accumule un stock de richesse. C’est pourquoi il est tout à fait légitime, puisque ces gens vivent en société et profitent des avantages de vivre en société, il est légitime donc qu’ils contribuent puisque leur richesse est le produit d’un travail collectif.

    Le terme « création de richesse » fait partie de la rhétorique néolibérale. Il ne sert qu’à nous abuser, nous tromper, nous voler.

    Je vous conseille de lire Karl Polanyi, La subsistance de l’homme : la place de l’économie dans l’histoire et la société. Je sais, la droite va nous dire que c’est un socialiste, donc qu’il est possédé par le démon. Mais on s’en fou de la droite.


     

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Esprits révolutionnaires et esprits possédants

Le seul moyen contre le socialisme qui soit encore en votre pouvoir est de ne pas le provoquer, c’est-à-dire de mener vous-mêmes une vie sobre et modeste, d’empêcher de votre mieux l’exhibition de toute opulence et d’aider l’État quand il frappe d’impôts cuisants le superflu et tout ce qui ressemble à du luxe. Vous ne voulez pas ce moyen ? Alors, vous les riches bourgeois qui vous dites « libéraux », confessez-le donc, c’est votre propre et chère mentalité que vous trouvez si effroyable et menaçante chez les socialistes, mais qu’en vous-même vous acceptez comme inévitable, comme si elle y était quelque chose de tout à fait différent. Si, tels que vous êtes, vous n’aviez ni votre fortune, ni le souci de la conserver, cette mentalité-là ferait de vous des socialistes : seule la possession vous distingue de ceux-ci. C’est vous-même qu’il faut commencer par vaincre si vous voulez vaincre d’une manière ou d’une autre les ennemis de votre prospérité. – Et si encore cette prospérité était un réel bien-être ! Elle ne serait pas si extérieur, ne provoquerait pas tellement l’envie, elle serait plus encline au partage, à la bienveillance, aux compensations, aux secours. Mais le côté inauthentique et exhibitionniste des plaisirs de votre existence, qui résident plutôt dans le sentiment du contraste (c’est que d’autres ne les aient pas et vous les envient) que dans le sentiment d’une satisfaction et d’une élévation de votre force – vos demeures, vos vêtements, vos voitures, vos étalages, vos exigences de bouche et de table, votre engouement bruyant pour l’opéra et la musique, enfin vos femmes, formées et façonnées, mais dans un vil métal, dorées, mais d’un or qui ne sonne pas, choisis par vous pour la montre, et se donnant elles-mêmes pour des objets en montre : – voilà les germes propageant le poison de cette maladie du peuple qui contamine maintenant la masse de plus en plus vite sous forme de la gale socialiste du cœur, mais qui a en vous son origine et son foyer.

Nietzsche, Humain, trop humain

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Commentaires variés

Les bien-pensants sont tous ceux qui se croient en possession de la vérité uniquement par la pensée. C’est comme Dieu, je pense un objet et il devient par le fait même réel. Martineau croit qu’il énonce des vérités scientifiques uniquement en les énonçant. Des gens de cette sorte, il y en a beaucoup et la plupart n’ont probablement jamais lu un livre en entier de toute leur vie. Martineau énonce l' »idée » que la grève étudiante est uniquement un boycotte, donc c’est un boycotte, point à la ligne. Ces gens se placent aussi nécessairement du côté du bien et contre la mal. Exemple : pour eux le pouvoir de nos gouvernants est l’unique pouvoir légitime, le seul vrai pouvoir et que toute force qui s’y oppose (les étudiants) n’est pas un pouvoir mais une atteinte au pouvoir, un acte de violence. Voilà ce que pensent les bien-pensants.

Hayek et Friedman : amis intimes de Pinochet

Hayek a dit à l’occasion d’une visite au Chili : je préfère, à tout prendre, un pays qui soit libéral dans son économie et pas démocratique, à un pays qui serait démocratique mais pas libéral dans son économie.

On peut appeler cela un fascisme en col blanc.

On n’est plus dans un système démocratique. On a affaire à un système censitaire, c’est-à-dire que le plus d’argent on a plus de poids on a dans les élections. Ce n’est plus du tout le suffrage universel.

Le droit qu’on donne aux entreprises a permis de faire dérailler la logique du suffrage universel parce que les entreprises en tant que personne morale ont des droits que les citoyens ordinaires n’ont plus. On est déjà dans un système parlementaire censitaire.

Ce sont les marchés, donc une idéologie de fascisme en col blanc qui dirige les affaires

Vous allez faire comme on vous le dit parce que ça ne se fait pas autrement, parce que le marché l’a décidé

  1. Encore là David confond corrélation et relation causale. Tactique habituelle chez lui et chez tous les propagandistes et apologistes des inégalités économiques.

    Une relation de cause à effet implique une variable temporelle. C’est-à-dire que la cause vient avant l’effet.

    1. David nous dit que lorsque »les salaires [des riches] diminuent, la pauvreté augmente «. Or le graphique va de 1998 à 2009 et non l’inverse. Il est donc impossible de savoir ce qui advient lorsque les salaires des riches diminuent, car il faudrait alors faire un voyage dans le temps pour le savoir !!!

    2. Ensuite David nous affirme, d’après les données du graphique, que la « baisse de la pauvreté […]est associée à une hausse des salaires des CEO ». Or, effectivement c’est ce que l’on constate, il s’agit bien d’une corrélation qui est révélée par ce graphique. Mais ce que David ne mentionne pas, c’est que ce n’est pas une relation de causalité, jusqu’à preuve du contraire. On n’a aucune certitude que c’est bien la hausse des salaires des riches qui est la cause de la baisse de la pauvreté. Cette baisse est reliée à une multitude de facteurs que David prend bien soin de ne pas mentionner et de ne pas rechercher d’ailleurs. Propagande exige.

    Et moi j’émets l’hypothèse que l’accroissement de la richesse de cette minorité et des inégalités économiques qui s’ensuivent, n’ont aucune influence sur la baisse de la pauvreté, bien au contraire. Comment soutenir que le fait qu’une minorité possède la plus grande part de la richesse mondiale, ferait en sorte d’enrichir le reste de la population !!!

    Et pour finir maître David y va d’un procès d’intention : « la gauche se fiche pas mal du sort des pauvres, ce qui compte c’est de punir les riches. » Absurdité totale.

    Voilà encore une fois la propagande en action.

M. David,

Une autre tactique malhonnête de la droite : La gauche du Québec comparée aux nazis ! Il fut un temps où l’on faisait de même avec René Levesques. On le comparait à Hitler. Hitler qui n’avait de repos que lorsqu’il était certain qu’on avait éliminé tous les communistes, les socialistes, les syndicalistes, les socio-démocrates, les homosexuels, les artistes (sauf ceux qui collaboraient à l’édification du IIIe Reich par leurs créations artistiques). Aveuglement volontaire chronique, démagogie, mensonges, tous les moyens sont bons pour faire de la petite politique de droite.

Mon point est que selon la doctrine néolibérale, ce qui fait l’efficacité du marché libre est la compétition, la concurrence. La droite n’arrête pas de le crier sur tous les toits. C’est la compétition qui doit ajuster les prix à la qualité du produit ou du service rendu – la compétition est censée faire baisser les prix – ; c’est elle qui doit permettre la meilleure allocation des ressources des individus; c’est elle qui doit réguler le marché du travail, qui doit favoriser le progrès technique, etc.

Or, comment va-t-elle se faire cette compétition. À la longue, il ne sera plus possible de comprimer les coûts, il s’agit d’un service et non pas de la fabrication d’un produit. Comment vont-ils faire pour baisser le prix du service afin d’attirer les clients ? Tant qu’il y aura de l’argent à faire tout sera pour le mieux dans les meilleurs des mondes. Ensuite, que va-t-il se passer ?

Je ne pense pas qu’on puisse comparer les services de soins de santé et la vente de pomme ou d’orange.

Il y a déjà des centres d’hébergement privés qui compriment au maximum le coût des services, pour augmenter leur profit. Ce n’est même pas une hypothèse.

Pour l’allocation des ressources, on peut bien dire ce qu’on voudra, vous pouvez bien donner des exemples, ça reste quand même à prouver.

Je vous cite : « L’objectif n’est pas de commercialiser la santé, l’objectif c’est de fournir des services alors que le gouvernement s’essouffle » L’objectif de qui, des investisseurs ? Leur seul et unique objectif est de faire de l’argent. Il n’y a pas de coopération là-dedans.

Si je vous comprends bien, il n’est plus possible pour le Québec d’avoir un système de santé public. On n’en a pas les moyens. Donc, ce qu’il faut faire c’est de permettre à ceux qui en ont les moyens de libérer des ressources en se faisant soigner au privé. Mais ces personnes devront donc payer deux fois : par leur impôt pour le public, et une deuxième fois en payant de leur poche pour se faire soigner au privé. Il y a une arnaque quelque part. Je soupçonne que le but non avoué c’est de payer moins d’impôt en diminuant le coût du système public. Le public aura la charge des urgences, des cas lourds et le privé va se contenter d’offrir les services les plus payants. C’est comme pour les écoles privés qui sélectionnent les meilleurs élèves et le public doit se charger du reste.

Témoignage no. 1

« Le comité croit que les heures de travail sont limitées par des lois naturelles qui ne peuvent être violées impunément. Les maîtres, en forçant leurs ouvriers, par la menace de les chasser sèment la haine entre le capital et le travail. Le comité croit que la prolongation du travail au-delà de douze heures tend à miner la santé de l’ouvrier. »

Report of Committee on the Baking trade in Ireland for 1861

Témoignage no. 2

« Beaucoup d’entre nous sont d’avis que, tant que nous ferons travailler à mort nos jeunes femmes, en employant l’aiguillon de la faim au lieu du claquement de fouet, nous aurons à peine le droit d’invoquer le fer et le feu contre des familles qui sont nées esclavagistes, et nourrissent du moins bien leurs esclaves et les font travailler modérément. »

Le Times, juin 1863

Nos esclaves blancs sont les victimes du travail qui les conduit au tombeau; ils s’épuisent et meurent sans tambours ni trompettes.

Le Morning Star, 23 juin 193

Témoignage no. 3

M. Broughton, magistrat de comté, déclarait qu’il règne dans la partie de la population de la ville (Nottingham) occupée à la fabrication des dentelles un degré de misère et de dénuement inconnu au reste du monde civilisé… un système d’esclavage sans limites, esclavage à tous les points de vue, social, physique, moral et intellectuel… Que doit-on penser d’une ville qui organise un meeting public pour demander que le temps de travail quotidien pour les adultes soit réduit à dix-huit heures !

London Daily Telegraph, 17 janvier 1860

Témoignage no. 4

« On peut trouver une inconséquence à ce qu’il y ait quelque part un travail excessif, alors que le commerce va si mal; mais c’est précisément ce mauvais état du commerce qui pousse aux infractions les gens sans scrupules; ils s’assurent par ce moyen un profit extra… Le profit extra que donne le travail prolongé au-delà du temps fixé par la loi semble être pour beaucoup de fabricants une tentation trop grande pour qu’ils puissent y résister. .. Si vous me permettez, me disait un honorable fabricant, de faire travailler chaque jour dix minutes de plus que le temps légal, vous mettrez chaque année 1000 liv. st. dans ma poche.

Report of the inspection of factory, 31 octobre 1856

Témoignage no. 5

Je certifie que j’ai été souvent on ne peut plus révolté à la vue de ces pauvres enfants , dont la santé est sacrifié, pour satisfaire par un travail excessif la cupidité de leurs parents et de ceux qui les emploient. »

M. Charles Pearson, chirurgien, maison de santé du North Staffordshire

Témoignage no. 6

« L’interdiction du travail de nuit pour les garçons au-dessous de 18 ans ferait naître de grandes difficultés. La principale proviendrait de l’augmentation de frais qu’entraînerait nécessairement le remplacement des enfants par des hommes. »

M.E.F. Sanderson, de la raison sociale Sanderson, Bros et Cie.

Témoignage no. 7

De 1802 à 1833, en Angleterre le Parlement émit cinq lois sur le travail, mais il eut bien soin de ne pas voter un centime pour les faire exécuter. Le fait est qu’avant la loi de 1833, les enfants et les adolescents étaient excédés de travail, toute la nuit, tout le jour, jour et nuit à volonté »

Report of the inspection of factory, 30 avril 1860

Témoignage no. 8

« Il faut une législation pour empêcher que la mort puisse être infligée prématurément sous n’importe quelle forme, et celle dont nous parlons (celle à la mode des fabriques) doit être assurément regardée comme une des méthodes les plus cruelles de l’infliger. »

Report of the select Committee on the Bill to regulate the Labour of Children in the Mills and Factories, London, 1831-32, p.602

Témoignage no. 9

La plupart de ceux qui travaillaient plus que le temps légal déclarèrent « qu’ils préféreraient de beaucoup travailler dix heures pour un moindre salaire, mais qu’ils n’avaient pas le choix… que s’ils se refusaient à la prolongation du temps de travail, d’autres prendraient aussitôt leur place, de sorte que la question pour eux se formulait ainsi : Ou travailler plus longtemps, ou rester sur le pavé. »

Report of the inspection of factory, octobre 1848

Je n’ai jamais mentionné, promulgué, encouragé, défendu le « socialisme ». À aucun moment dans cette discussion il n’a été question de cela. On a quand même le droit de le critiquer votre foutu capitalisme, votre idéal. La dictature de Staline n’a rien à voir avec le « socialisme ». Tout le monde sait cela. D’ailleurs tout projet en ce sens est vite saboté par le complice de la sainte entreprise capitaliste : l’État (ex. Cuba, Alliende, et probablement beaucoup d’autres saboté en secret).

Vous cherchez encore des portes de sortie pour vous défiler et ne pas reconnaître qu’il fut nécessaire de promulguer des lois pour limiter la durée de la journée de travail avant que toute la population ouvrière de l’Angleterre ne soit décimée.

On peut bien vouloir, mais il faut en avoir le pouvoir : l’ouvrier anglais aurait bien voulu envoyer paître le criminel-esclavagiste-capitaliste qui l’exploitait, et s’en aller vivre chez lui en paix, mais le pouvait-il ? Bien sûr que non. Et vous dites sans rire « Dans un système capitaliste, tout le monde peut le faire. » Comment ne pouvez-vous reconnaître que c’est faux, un mensonge inqualifiable ! Mais vous continuez à l’affirmer tout de même pour sauver l’idéologie.

Je viens de comprendre un des dogmes de la religion libertarienne : le soi-disant « vrai » capitalisme. Il semble que le philosophe dont s’inspirent les gourous Hayek et Mises est Platon et son culte métaphysique des Idées. Le vrai capitalisme, c’est l’Idée platonicienne de ce mode de production. Le capitalisme concret, réel serait une mauvaise application de l’Idée du capitalisme, Idée qui se trouve dans l’au-delà du monde, le monde imaginaire des Idées. Hayek et Mises auraient réussi à sortir de la caverne où l’on ne voit que les ombres de la réalité. Ils auraient été illuminés alors par l’aveuglante lumière de l’Idée du capitalisme. Eux seuls savent de quoi a l’air le « vrai » capitalisme. Ils écrivent des livres pour annoncer la bonne nouvelle. Prions pour Hayek et Mises les sauveurs du monde.

Et le chef de la bande, M. David, qui me traite d’idéaliste. Quant à son propre idéal : le marché libre, la main invisible, la concurrence parfaite, le bonheur universelle et la paix dans le monde que ces mythes idéalistes libertariens seraient censés réaliser d’eux-même, il n’en dit rien. Pour lui, tous ces mensonges vont de soi. Ne pas les reconnaître, c’est comme refuser d’admettre que la terre tourne autour du soleil. Alors que moi-même je n’ai jamais mentionné quelques idéaux que ce soit, socialisme, communisme : pas un mot.

Il est péché de critiquer le système économique dominant. Vous devez maintenant accepter cela comme une évidence, la fin de l’histoire. Sans cela on vous accuse de vouloir la dictature stalinienne, d’être un idiot marxiste. Alors qu’eux-mêmes sont en pamoison devant les Hayek, Mises et autres économistes idéalistes qui ne sont pas différents des autres humains. Mais pour eux, ce sont des Dieux, ils ont reçu l’illumination divine, ils possèdent la vérité. Quelle bêtise ! De pure niaiserie.

« Produire plus avec moins de ressources, de travailleurs » : Le paradis sur terre. Et on me traite d’idéaliste. Des gens qui croient cela, franchement est-ce vraiment sérieux ? Moins de travailleurs = moins de consommateurs = moins de vente = moins de profit = faillite des fabricants. Ou bien encore, un fabricant veut payer le moins cher possible ces employés mais espère que les autres, ses concurrents, vont offrir des salaires élevés pour qu’ils puissent acheter ses produits.

Trop obnubilé par leur bible libertarienne, ces gens qui se croient si savants, si brillants, si objectifs s’imaginent sans rire que les fabricants diminuent leur coûts de production, pour le bien de l’humanité alors que l’objectif ultime est l’accroissement de leur profit. Mais, ils croient en plus que cette motivation de l’intérêt privé va se traduire grâce à la Providence divine libertarienne en bonheur universelle. Non mais… Je ne vais pas m’abaisser à vos manières de grossiers personnages.

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